Poème, "À faire"
Mon ventre gargouille, je ne me sens pas repu.
Ce plat de rigatoni ne m’aura pas suffi.
Garçons, formez une chaîne ininterrompue
Et envoyez le cabillaud avec ses salsifis.
Je n’ai rien de prévu aujourd’hui, plus rien d’inscrit
Dans cette liste de tâches vieille de dix ans.
Épuisé par mes combats contre les Valkyries
Je ne pense plus qu’au présent.
Que propose-t-on de beau en ce bas monde ?
J’ai quelques moyens, j’écoute vos offres.
Dans ma voiture au grand coffre,
Je ne circule plus, je vagabonde.
Éternel adulte, je m’ouvre à l’adolescence.
Mon patron, s’en avisant, me regarde de travers.
En constante quête d’obéissance,
Il me lance son air le plus sévère.
Il croit en la destinée et se sait à sa place,
Mais je suis intéressé aux bénéfices,
Leur ai offert ma part de sacrifices,
Pas besoin d’autre motivation. Je me prélasse.
Aussitôt il me demande de la tenue.
La vapeur monte, je trépigne et réplique :
"Quoi que je fasse ici, je le mûris et m’applique.
Respirer de temps en temps est un droit obtenu.
Dans mon box, personne ne pouvait me voir
Adopter ma nouvelle attitude – car oui, j’ai changé.
L’ordre n’aurait pas été dérangé,
Chacun vaquerait encore à ses devoirs."
J’annonce d’un ton sentencieux
Qu’en empiétant sur ma liberté il répand la discorde
Et que c’est petit à petit qu’un grand navire se saborde.
Les rangs se font particulièrement silencieux.
Ébranlé dans ses gonds, il soutient mon regard,
Pointe un index et me dit : "Attention, Greg."
Puis il marche entre les boxes des collègues
Sans un coup d’œil à leur égard.
La direction m’apprécie, je devrais m’en sortir entier.
Convoqué, ils me le confirment en parlant "d’anecdote",
Me confient un nouveau chantier.
Mais ils surveilleront ma conduite ; les joues me picotent.
J’explose, les traite de despotes.
Ils me demandent de me calmer
Avant que ma carrière ne capote.
Je leur réponds qu’ils ont les pieds palmés.
Qu’ils mettent mon renvoi au vote
S’ils me préfèrent captif.
Je veux désormais être mon propre pilote,
Ou alors je cuisinerai un gâteau de départ bourratif.
Le parfum de l’affranchissement m’emplit les poumons,
Je soupire un grand coup, le sourire aux lèvres,
Leur dit : "Ça fait du bien, une bonne poussée de fièvre.
Soyons sérieux et oublions ces sermons."
Mais ils ne veulent pas mettre l’histoire derrière nous,
Passer à autre chose. Ils sont outragés,
Rouges et gonflés comme des baudruches enragées.
Ils me congédient en claquant des genoux.
Je parcours les petites annonces avec mon café du matin,
Décidé à trouver quelque chose dans mes cordes,
Avec de nouvelles cordes à mon arc. Seul face à la horde,
J’ai encore une dent contre le réel mais je soigne mon baratin.


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